#8 Syndic et chorizo

#8 Syndic et chorizo

#8 Syndic et chorizo - 24.01.2018


 

Voilà 15 minutes que la réunion avait commencé. Régulièrement je touchais du pied le sac de provisions posé sous la table, comme pour m’assurer qu’il était toujours là.

Avant de venir à cette réunion je m’étais arrêté rue Sainte Catherine au Comptoir de Tom. Une soudaine envie de chorizo…

Autour de moi les gens s’énervaient contre le représentant du syndic. Ils lui hurlaient dessus en néerlandais. C’est pour celà que je n’ai pas compris les subtils détails de la conversation et que mon esprit est vite retourné au fond du sac, juste à l’endroit où le chorizo reposait, coupé en tranches, dans son papier blanc. Dans la boutique j’avais eu le choix entre chorizo doux et chorizo  piquant. Du chorizo doux ? Mais quel est l’intérêt ?? Autant acheter du cervelas alors ! Donc du piquant pour moi s’il vous plait !

C’est au moment où je me demandais comment l’accomoder, ce chorizo, qu’en face de moi, un type rouge de colère s’est mis à me pointer du doigt : Monsieur, oui vous ! Il manque un calorimètre au radiateur de votre salle de bains !

J’étais complètement désarçonné. Une seconde avant je bagnais dans le chorizo, j’en ressentais déjà les saveurs et le piquant en bouche, puis soudain, retour brutal a la réalité. Je suis accusé sur la place publique de chauffer mon immense salle de bains de 3,50 m2 aux frais des voisins. Et puis comment ce type  qui n’est jamais entré chez moi connait il ma salle de bains ?

Que répondre d’autre que « ah bon ? » à une telle accusation. Car oui monsieur, j’ai actuellement autre chose à penser qu’à un calorimètre. Il faut que j’imagine mon repas du soir, que je le créé mentalement et maintenant !

D’ailleurs pour me remettre de cette réunion pas très passionnante, il faut bien le dire, il me faut un plat chaleureux, réconfortant, goûteux…C’est çà ! je vais faire des spaghettis carbonara en replaçant les lardons par le chorizo. Ca devrait pas être mal çà !

Ah çà y est ? La réunion est terminée ? Je dis au revoir à la cantonnade et je me précipite chez moi. Je m’arrêtre juste en chemin pour acheter des spaghettis.

Mais une fois chez moi, au moment de déballer les courses, je me suis aperçu que j’avais laissé le sac sous la table dans la salle de réunion. Adieu chorizo, ce soir ce sera des pâtes au beurre.


#7 - Bruxelles sous haute sécurité - 22.03.2016


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Ce matin, des bombes viennent d’exploser à l’aéroport de Zaventem et dans le métro. Les médias tournent en boucle et les autorités demandent aux bruxellois de rester chez eux.

Les messages arrivent de toute part. Ceux des proches inquiets qui réclament des nouvelles, mais aussi ceux des autres élèves du Master Food Design posant une seule et même question : tu y vas toi ?

C’est qu’il y a un grand dilemme aujourd’hui : soit nous traversons la ville au mépris du danger, soit nous ratons le cours de la Queen. « La cuisine et les sens » était certes un cours très intéressant mais il n’était pas non plus vital. Par contre nous sommes assurés d’y faire un bon repas. Queen nous avait d’ailleurs promis de mitonner aujourd’hui son fameux « Keurry d’volââââille »

Moi j’y vais ! Et en route, je fais une halte au Café Capitale pour y prendre un latté à emporter. Mais je trouve porte close. Tous les magasins sont d’ailleurs fermés. Je me retourne et je vois arriver Mafalda avec un gros sac à dos, toute essoufflée de son périple pédestre depuis la place Flagey. Aucun bus, aucun métro me dit elle. Ensemble nous traversons une Grand Place totalement déserte, ce que je n’avais jamais vu. Il règne une sale ambiance dans la ville.

Plus qu’une centaine de mètres et nous arrivons chez la Queen. 4 autres élèves arrivent après nous, dans un mouchoir de poche.

Royale, la Queen nous fait assoir derrière le bar qui sépare la cuisine de la salle à manger. Puis elle désigne d’autorité 2 élèves pour préparer des meringues.

Cool, c’est pour le dessert ?
Pas du tout, c’est pour mes invités de ce soir voyons !

Les préposés aux meringues peinent un peu avec la poche à douille mais lorsque la plaque de cuisson est remplie de cercles blancs, la Queen enfourne le tout à 180° C.Mafalda osera glisser que c’est beaucoup trop chaud pour des meringues mais sera immédiatement coupée par la Queen qui lui assure qu’elle sait ce qu’elle fait.

Pendant le reste du cours, nous admirons la Queen qui prépare son fameux keurry. Elle donne peu d’explications, elle goûte, ajoute un peu de ceci, une pincée de cela..

Au dessus du bar, un écran plat fixé au plafond débitait des images d’un Zaventem soufflé par l’explosion. Nos yeux montaient et descendaient, passant d’une scène d’horreur à la marmite dans laquelle la Queen exécutait un miracle culinaire.

Puis ce fut le tour d’une rame de métro éventrée, des gens qui tentaient de s’en extraire, d’une femme hurlant. C’était à la limite du supportable. Et cette fumée dense et noire qui envahissait l’image et qui finit par déborder de l’écran pour se répandre dans la cuisine. Nous perdions progressivement le contact visuel avec la Queen.

Soudain un hurlement : merde les meringues !

Je l’avais bien dit que le four était trop chaud, me glissa Mafalda à l’oreille. Regarde, elles sont toutes cramées maintenant, c’est malin. Bon demain je passe chez toi et je te montre comment faire. J'ai une recette de meringues au poivre dont tu me donneras des nouvelles.


#6 - Mais qui est Cheese Cake Girl ? - 26.09.2016


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- En plus de cuisiner, je te vois beaucoup écrire en ce moment…

- C’est l’inquisition ou quoi ? Bon j’avoue, je travaille sur une sorte de journal intime culinaire que je compte mettre en ligne. C’est un peu comme un portrait en creux où je n’apparais qu’à travers mes expériences culinaires. Enfin, je ne sais pas si je peux appeler çà portrait ou journal intime culinaire car il y a un curieux mélange de réalité et de fiction, de passé et de présent. Toi par exemple, je…

- Quoi : moi par exemple ???

- Eh bien tu figures dans mon journal. 

- Hors de question !

- T’inquiète je t’ai trouvé un surnom et ton visage n’apparaitra sur aucune photo. Et je déformerai la réalité à tel point que personne ne te reconnaitra. Mais en échange de cet anonymat, tu me files la recette de tes boulettes.

- Rien du tout ! Ces boulettes, c’est mon piège à mecs.

- Bon, la recette de ton cheese cake alors ?

- Promis, tu l’auras.

Ainsi est né le personnage complètement fictionnel de Cheese Cake Girl. Dans ce récit, elle est ma colocataire depuis 3 ans. C’est aussi une photographe très engagée. 

Elle est par ailleurs une excellente cuisinière, mais ne veut surtout pas que celà se sache. Elle préfère dit elle qu’on l’apprécie pour ses qualités intellectuelles. « Je ne cuisine que pour un cercle très restreint de gens que j’aime ». Et vous savez quoi, j’en fait partie !

 


#5 - Miettes - 26.09.2016


Un sac à main ouvert et une paire d’escarpins abandonnés en toute hâte jonchent le sol. Un peu plus loin, Cheese Cake Girl est affalée sur le canapé et tient un ventilateur à bouts de bras, directement braqué sur son visage. 

- Je suis claquée ! me lance-t-elle dès mon entrée dans l’appartement. Je suis arrivée très tôt ce matin de Paris et j’ai enchaîné avec ma journée au bureau. Et cette chaleur non ? Après cet été pourri… Et toi çà va sinon ?

- Oui, je…

- Au fait, c’est quoi ces miettes sur le comptoir ?

- Ce sont les restes d’un cake au thé vert maison que j’ai fait hier. C’est le premier que je réussit. Dé-li-cieux !

- Comment çà dé-li-cieux ??? Tu ne m’en as même pas laissé un bout ?

- Et non, il fallait être là ! Mais ne fait pas la gueule je t’en refais un bientôt.

- Dis moi, je te connais depuis 6 ans, dont les 2 dernières années à vivre ensemble. Je t’ai toujours vu manger des plats industriels ou commander des pizzas. Et depuis quelques temps, tu te mets à cuisiner et à chercher des recettes sur le net. Qu’est ce qui t’arrive ?

- Euh…peut être le fait que je suis entouré de déesses de la cuisine…toi, Mafalda..Et que vous m’avez fait prendre conscience de la dimension conviviale des repas…et que préparer à manger peut être un vrai plaisir…et que bien manger tous les jours, c’est se faire du bien…et que…

- Voui, voui, voui…Tu ne serais pas amoureux plutôt ?

- Moi ??? Alors là n'importe quoi !


#4 - Place Flagey - 26.09.2016


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Mafalda est assise en face de moi. Nous sommes en terrasse du Belga, place Flagey. Il fait encore très chaud pour la saison.

- J'ai suivi ton conseil. J'ai laissé refroidir le cake dans le four avec la porte entre ouverte. Je viens de réussir mon premier cake, grâce à toi !

- Normal, si tu le sors tout de suite du four, il subit un choc thermique et il devient tout raplapla. 

Si vous habitez du côté de la place Flagey, vous l'avez forcément croisée. Mafalda n'est pas du genre à se balader avec des talons hauts et un sac à main. Elle c'est plutôt sac à dos et chaussures de randonnée. Elle pratique le trekking alimentaire à haut niveau et parcours Bruxelles de long en large à la recherche de la meilleure épicerie thaï, de la meilleure boutique bio ou du Delhaize le mieux approvisionné en viandes du Brésil. Quand son sac à dos n'est pas rempli de victuailles, il l'est de bouquins de cuisine dénichés dans quelques librairies d'occasion. 

- Tu connais Tagawa sur la Chaussée de Vleurgat ? C'est une épicerie japonaise. Je dois y aller pour acheter du miso et de la confiture de Yuzu. Tu viens avec moi ?

- Bien sur.

- Et après on pourrait déjeuner chez Takumi. Comme çà on reste sur une note japonaise.

- Je termine mon café et on y va !


#3 - Rêve de cake - 25.09.2016


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En fait je me souviens exactement quand çà a commencé. C’était en septembre 2016, un dimanche matin. Je fainéantais sous la couette en essayant de me convaincre qu’il n’était que 8 heures. Et c’est là, dans un état moitié éveillé, moitié ensommeillé que j’ai commencé à conceptualiser la chose. Une forme rectangulaire, une couleur verte, une odeur de pâtisserie…un cake au thé vert !

Réveil en sursaut, il est 11h42. La seule et unique fois où j’ai tenté de faire ce foutu cake, c’était un vrai ratage, mais aujourd’hui, je promets que je vais y arriver. Les yeux encore tous collés, je cherche une recette sur le net. Miracle, j’ai tous les ingrédients…sauf la farine. 

J’enfile un jogging et un vieux t-shirt. Je me précipite ainsi chez Jarmane, le seul supermarché du quartier ouvert le dimanche. Fatima, la caissière, un téléphone coincé entre l’oreille et son voile noir parle à quelqu’un la bouche pleine. Elle scanne mon paquet de farine et me regarde désabusée. 

J’aimerais vous parler plus longuement de Fatima qui passe sa vie derrière une caisse enregistreuse tout en se gavant de biscuits et de ce merveilleux supermarché qui regorge de produits qui ont été frais un jour. Mais çà sera pour une prochaine fois car là, j’ai un cake à faire.

De retour chez moi, je suis la recette à la lettre. Préchauffer le four à 200 °C. Mélanger la farine, la levure et la pincée de sel d’un côté et de l’autre, battre le beurre mou avec le sucre et y ajouter les oeufs un à un en fouettant. Puis incorporer le mélange liquide au mélange sec, à moins que çà ne soit l’inverse et rajouter la poudre de thé vert.

J’enfourne après avoir versé le tout dans un moule-prévu-à-cet-effet. Marmicon préconise 20 minutes de cuisson mais les utilisateurs se plaignent que c’est largement insuffisant, qu’il faut au moins 40 minutes. Bon les gars, je fais quoi moi ? J’opte pour 30 minutes, ce qui me laisse le temps de prendre un café et une bonne douche.

Je reviens juste avant qu’il ne soit trop tard. La croûte à l’air un peu cramé mais le tout est bien gonflé et, miracle çà ressemble bien à un cake. J’arrête le four et je le laisse refroidir lentement à l’intérieur avec la porte entre ouverte.


#2 - Framboises toujours - 25.08.2017


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Je jette mon sac de sport dans l’entrée et je me précipite vers la bibliothéque. Je me saisi de Cuisiner de A à Z. Ce bouquin orange est génial. Les ingrédients y sont classés par ordre alphabétique et on y trouve avec quoi les associer et comment les cuisiner. Je savais que j’avais vu dedans une recette de glace avec des pêches surgelées. Très simple : 300 g de pêches, 150 g de crème fraiche, 50 g de sucre et hop, et on passe le tout au blender. 

J’entre dans la cuisine le livre à la main. Je remplace les pêches par mes fameuses framboises et la crème fraiche par du yaourt nature. Je jette le tout avec le sucre dans mon blender, j’appuie sur le bouton et aïe çà bloque. Evidemment dans le livre ils disent de laisser décongeler les fruits 5 à 10 minutes. Mais même après, çà bloque toujours. Alors je vide le contenu dans un saladier et je recommence l’opération avec une petite quantité seulement et un jus de citron vert pour liquéfier, et çà marche ! Et je recommence en rajoutant chaque fois une cuillère de framboises. 

A la fin j’ai une crème bien lisse et bien rouge. Je plonge mon doigt dedans pour goûter. Merde j’ai oublié le chocolat blanc. J’ai pourtant bien fait mes 5 kilomètres ! Je rajoute une demie tablette que je casse en petits morceaux et re coup de blender. Les morceaux explosent et le rouge se constelle de minuscules points blancs. Mais question goût çà ne change pas grand chose. Je décide alors de garder l’autre moitié de la tablette pour la râper sur la glace juste avant de servir.


#1 - Angoisses et framboises - 25.08.2017


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Ce truc m’angoisse. Ca devient une véritable obsession. Je pense en permanence à mon prochain repas. 

Pas plus tard que tout à l’heure, je faisais du rameur - essayant sans trop de conviction de compenser deux semaines de vacances hyper caloriques à base de saucisson d’Auvergne matin, midi et soir - quand, sans raison apparente, j’ai repensé à ce paquet de framboises surgelées qui gênait la bonne fermeture de mon freezer. 

Qu’est que je peux bien faire avec ces framboises ? Un coulis tout bête ? Bof…En tout cas çà doit bien fonctionner avec du citron vert. Parce qu’une recette sans vert c’est pas terrible à photographier et çà manque toujours de goût !

Ce qui est inquiétant dans cette histoire, c’est que mes pensées culinaires ont remplacé mes pensées pornographiques. Avant je pensais tout le temps à des trucs bien salaces ; un vrai mec quoi ! Et maintenant, pendant que je regarde défiler les kilomètres parcourus sur ce rameur, je pense à des framboises…

Si je boucle les 5 km, je rajoute du chocolat blanc. Du rouge, du vert, du blanc, de l’acide, du sucré, du fondant et du croquant. Tiens çà me rappelle Cyril Lignac dans une émission : « Hummmm c’est fondant en bouche ! » Mais où veux tu donc que çà fonde Cyril ???

Voilà, je tiens une belle association de couleurs, de saveurs et de textures. Il me reste à trouver comment cuisiner tout çà. J’ai une petite idée mais je vous en parle dans un prochain post.

A y bien réfléchir je me demande si ces pensées culinaires envahissantes ne relèvent pas d'une forme de pornographie. Ca n'est peut être pas pour rien que le hashtag foodporn existe...