Christian Grau

Le goumet solitaire

Christian Grau
Le goumet solitaire

Jiro Taniguchi est mort il y a un peu plus d'un an.

Pour celles et ceux qui ne le connaissaient pas, il était un auteur japonais de mangas, plus connu en Europe que dans son propre pays. Il a notamment produit Quartier lointain, L'Homme qui marche ou Le journal de mon père.

Aujourd'hui je vous présente Le gourmet solitaire, qu'il a réalisé au milieu des années 90 sur un scénario de Masayuki Kusumi. Un homme d'affaires dont on ne connait presque rien parcours le Japon pour visiter des clients...et pour savourer la gastronomie locale. On ne le voit jamais travailler car chaque chapitre commence après un de ses rendez vous, soit au moment de la pause déjeuner soit en milieu ou fin de journée. Dans un premier temps il flâne dans des rues qui lui rappellent des souvenirs ou bien se perd dans des quartiers inconnus. Jusqu'au moment où il est attiré par un restaurant dans lequel il s'installe et déguste les spécialités jusqu'à plus faim. Chaque chapitre se termine sur le personnage qui sort du restaurant et s'en va on ne sait où.

La lenteur et la monotonie de ce livre ont déroutés bien des lecteurs. La même histoire recommence invariablement à chaque chapitre. La même histoire ? Pas vraiment, car chaque chapitre est l'occasion de découvrir un aspect différent de la gastronomie et sert de prétexte à l'auteur pour parler de la culture et de la société japonaises de la fin du XXe siècle. On y trouve une foule de détails sur ce que consomment les différentes classes sociales, le prix des plats, la composition des menus, l'histoire des aliments...et parfois sur la vie du personnage principal sur qui les mets agissent à la manière d'une madeleine de Proust.

Les lecteurs ayant préalablement voyagé au Japon seront certainement avantagés pour comprendre certains épisodes. Mais Taniguchi a pensé à ceux qui n'y ont jamais mis les pieds en parsemant le récit de notes 'culinaires' et de dessins commentés illustrant par une vue en plongée, tel ou tel plateau repas. En tout cas, même si je n'en ai pas saisi toutes les finesses gustatives, ce livre m'a donné envie de découvrir la cuisine japonaise. C'est après sa lecture que j'ai acheté le livre Tokyo, les recettes cultes et que je me suis lancé dans quelques essais de mochis, kara-age ou autre cake au thé vert.

Une seule fois sortira du domaine culinaire pour donner une information sur la société japonaise...ou plus qu'une information, un jugement ironique et direct sous la forme d'une note en bas de la page 115 : "Les japonais aiment beaucoup les étrangers, et on vit très bien comme travailleur émigré au Japon...surtout si on n'est pas noir, pas chinois, pas coréen, pas une femme, pas homosexuel, pas asiatique, pas musulman et pas américain."